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31/05/2018

Surgi du passé

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Chapitre 1 : Une photo troublante

- Arthur ! Tu m’expliques la raison de tous ces mystères ? s’écrie Faustine.

Ses longs cheveux bruns font ressortir ses yeux qui brillent d’une colère feinte. Sans lui répondre, je l’entraîne jusqu’à « l’aquarium », local vitré au fond du CDI où nous composons tous les deux une grande partie des articles du blog du lycée. Elle à l’illustration, moi au texte.

D’ailleurs, je suis censé écrire et mettre en ligne un nouvel épisode d’une série policière avant le début des vacances de la Toussaint, ce qui me laisse exactement… deux jours. Comme souvent, je suis à la bourre.

Mademoiselle Avril, la documentaliste, nous adresse un petit signe de la main puis se replonge dans ses dossiers.

Je me connecte sur ma page Facebook et clique pour agrandir une photo qui a été postée il y a deux jours. On y voit un homme aux cheveux courts, âgé d’une trentaine d’années, vêtu d’une chemise et d’un jean. Il pousse un jeune enfant qui rit aux éclats, assis sur le siège d’une balançoire.

Faustine y jette un coup d’œil puis lance :

- C’est pour me montrer cette photo que tu m’as arrachée à ma discussion avec mes copines ?

- Le type, là, c’est mon père et l’enfant, c’est moi ! je réponds d’une voix enrouée.

- Tu en es sûr?

- Tu vois le pull que porte l’enfant ?

- Celui avec un lapin trop discret ? rigole Faustine.

- C’est ma grand-mère qui l’a tricoté, je réplique, sans relever l’allusion à la taille démesurée des oreilles et aux couleurs criardes. Je le porte sur d’autres photos prises à cette époque. J’étais tellement accroc que je ne voulais pas m’en séparer. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si ma mère m’appelle toujours son lapin !

- Tu avais quel âge là-dessus?

- Mon père est parti – définitivement - de la maison, alors que j’avais à peine deux ans. C’est sûrement une des dernières fois où on a été photographiés ensemble.

- Qui te l’a envoyée? interroge Faustine, le visage grave.

Je clique sur le profil de cette nouvelle « amie » que j’ai acceptée sur ma page Facebook. Elle s’appelle Lina. C’est une jolie métisse et si les informations qu’elle affiche sont véridiques, elle habite à Fort de France en Martinique et vient de fêter ses dix-neuf ans. Impulsive – elle précise qu’elle « agit d’abord et réfléchit ensuite » - elle aime le zouk, le rock et est ceinture noire de karaté.

- C’est qui, cette fille ? questionne Faustine, une pointe de jalousie dans la voix.

- Aucune idée.

- Alors pourquoi l’as-tu acceptée comme amie ?

- J’ai pensé qu’elle avait lu mon bouquin.

- J’oubliais qu’à seize ans, tu es le plus jeune auteur de roman policier de France, se moque gentiment Faustine.

Je lève les yeux au ciel. Ce sont les journalistes qui mettent mon âge en avant. Mais je n’en tire aucune gloire. Plus sérieusement, elle me demande :

- Comment s’est-elle procuré cette photo ? Tu crois qu’elle connait ton père ?

- Je lui ai envoyé un message pour en savoir davantage mais elle ne m’a pas répondu.

- Tu en as parlé à ta mère ?

- Pas encore. Je voudrais d’abord savoir qui est cette fille et qu’elle m’explique ce qu’elle veut.  Elle ne m’a certainement pas adressé cette photo par hasard.

- Tu te rappelles quand elle a été prise ? interroge Faustine en agrandissant le cliché pour examiner les détails.

Je hausse les épaules.

- J’étais trop petit. Aussi loin que mes souvenirs remontent, il y a toujours eu ma mère et puis c’est tout.

- Ton père ne t’a jamais donné de nouvelles ? s’étonne Faustine. Ou envoyé une carte pour ton anniversaire ? Ou même payé une pension alimentaire à ta mère ?

- Rien de tout ça. A partir du moment où il nous a quittés, c’est comme s’il nous avait effacés de sa mémoire.

Le regard de Faustine s’assombrit. Elle pense sans doute au divorce de ses parents qui vient d’être prononcé. Je tente de la rassurer :

- Heureusement, tous les pères ne réagissent pas de la même manière.

Cette photo me ramène quelques années en arrière. Je devais avoir huit ou neuf ans quand Mme Malès, mon instit’, s’était mis en tête de nous faire reconstituer notre arbre généalogique.

Ca avait été l’occasion de demander à ma mère pourquoi mon père n’habitait plus avec nous. Elle avait répondu qu’ils ne s’aimaient plus et qu’ils avaient choisi de se séparer. Depuis, mon père n’ayant jamais montré le moindre signe d’intérêt pour moi, je n’avais pas cherché à en savoir davantage.

Faustine arbore une moue dubitative. La sonnerie des cours retentit.

- Tiens-moi au courant, dit-elle en se levant.

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